Et la tête, et la tête !

Auteur : Lise Lemerle

On est à l’exposition Magritte, la trahison des images, au Centre Pompidou. Il y a des images que l’on découvre, d’autres que l’on connaissait déjà. Comme celle des Amants, devant laquelle on s’arrête un instant.

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Les Amants, René Magritte, 1928

Un clip de Beyoncé nous revient à l’esprit. Oui, dans la vidéo, il y a un moment où les danseurs ont des T-shirts blancs sur le visage. Sur ces T-shirts, on peut lire MINE (À moi), et YOURS (À toi). Mine, c’est d’ailleurs le titre de la chanson. Si l’on se rappelle bien, il y a même une image, dans le clip, où les danseurs s’embrassent, et où la référence au tableau de Magritte est explicite.

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Le cartel présentant le tableau de Magritte parle de « suffocation », et l’on se souvient que cette idée était développée aussi dans le clip de Beyoncé, avec l’idée de noyade. Petit à petit, les images nous reviennent en mémoire.

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On se souvient de ces corps engloutis par les eaux. Et de cette absence de visage, qui mettait mal à l’aise.

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YOURS, MINE, posséder l’autre. Don de soi. Perte de sa propre identité. Perte du visage. Des corps engloutis, littéralement, par le sentiment amoureux.

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Noyade d’un corps sans visage. Cette image est l’exact opposé de celle avec laquelle nous avions conclu notre article précédent -où nous nous étions intéressés à la traduction visuelle de la négation du corps charnel (processus visuel de néantisation) articulé à la présentation du visage comme symbole de l’âme.

 

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Aya, Oasis de Siwa, Mouna Saboni, Égypte, 2015.

Noyade du corps désirant d’un côté, et, de l’autre, émergence du visage de la femme, nouvelle Vénus au corps-Nature.

Noyade… on lit la suite du cartel. Il y est fait référence à la mère de Magritte, qui se serait suicidée … par noyade. Magritte aurait vu le corps de sa mère sortie des eaux, dont le visage était alors recouvert d’un drap blanc. Sous le drap, l’image impossible. La Mort. Le cartel évoque le concept freudien de « souvenir écran », ces images que le subconscient invente de toute pièce et glisse entre nous et nos souvenirs traumatiques.

L’image impossible. On est devant le tableau de Magritte, et l’on aimerait pouvoir soulever le drap qui couvre les visages. Qu’y verrait-on ? On bute. L’image est impossible. Mais, qu’à cela ne tienne, notre cerveau a des ressources, et celui-ci s’amuse à nous projeter une nouvelle image.

Et l’on voit alors Sainte Véronique, nous présentant l’image impossible.

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Par la suite, pour illustrer cet article, nous cherchons sur internet une image de Sainte Véronique. Le premier blog sur lequel nous tombons nous apprend qu’une tradition étymologique voudrait que Véronique soit le condensé de Vera Icona (Image Véritable). L’image véritable. L’image du Christ de la Résurrection.

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On revient au tableau de Magritte, mais on n’arrive plus à le voir sans que s’interpose, entre notre œil et lui, l’image-écran de Sainte Véronique. Image impossible. Image véritable. À partir de maintenant, l’une sera toujours, pour nous, l’écran de l’autre.

REMARQUE : l’exposition Magritte, la trahison des images, sera présentée au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier 2017.

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